J’utilise FreeCAD sur ordinateur Apple depuis 2018. À cette époque, je travaillais encore avec la version 0.17, au moment où j’ai entrepris le développement du projet BATLab112 : un diorama pédagogique, technique et fonctionnel représentant la Batcave, le célèbre repère de Batman. Au fil des années, FreeCAD est progressivement devenu un outil central dans mon workflow de modélisation 3D. Il m’a permis de concevoir une grande partie des équipements industriels miniatures du diorama à l’échelle 1/12.
À travers ce projet particulièrement ambitieux, j’ai pu suivre concrètement l’évolution du logiciel, version après version. J’ai d’ailleurs déjà partagé une partie de cette expérience dans plusieurs articles consacrés aux coulisses du projet BATLab112, notamment autour de certaines évolutions importantes de FreeCAD
Avec le recul, la différence entre FreeCAD 0.17 et FreeCAD 1.1 est tout simplement impressionnante. En quelques années seulement, le logiciel est passé d’un environnement parfois encore expérimental à une véritable plateforme de CAO moderne, cohérente et particulièrement crédible.
FreeCAD 0.21 : un outil déjà puissant, mais encore compliqué au quotidien
Lorsque j’ai commencé à utiliser régulièrement FreeCAD pour développer les équipements industriels du projet BATLab112, j’étais déjà impressionné par les possibilités offertes par le logiciel. L’approche paramétrique me paraissait solide, les ateliers Sketcher et Part Design permettaient déjà de créer des pièces complexes, et l’écosystème open source offrait une grande liberté dans la manière de travailler. Mais dès qu’il fallait dépasser la simple modélisation de pièces unitaires pour travailler sur des ensembles mécaniques complets, certaines limites apparaissaient rapidement.
Le vrai point faible : l’absence d’un atelier d’assemblage natif
Le premier véritable obstacle que j’ai rencontré concernait la gestion des assemblages mécaniques lors de la conception des deux bras robotiques du diorama. Pour pouvoir modéliser correctement les différentes articulations et contraintes mécaniques, j’ai été obligé de tester plusieurs extensions communautaires d’assemblage. À cette époque, FreeCAD ne disposait pas encore d’un atelier d’assemblage officiel intégré au logiciel. Il fallait donc choisir parmi plusieurs solutions développées par la communauté ; A2plus, Assembly3, Assembly4 …


Avec le recul, cette diversité représentait déjà une force de l’écosystème open source. Les utilisateurs pouvaient expérimenter différentes approches et les développeurs faisaient preuve d’une créativité impressionnante. Mais dans un contexte réel de développement mécanique, l’utilisation de ces extensions restait parfois délicate :
- les workflows différaient fortement des standards industriels classiques ;
- certaines contraintes mécaniques manquaient de stabilité ;
- les dépendances entre pièces devenaient parfois difficiles à maintenir ;
- certaines mises à jour de FreeCAD pouvaient introduire des incompatibilités ;
- la documentation variait fortement selon les ateliers utilisés.
Dans le cadre du développement des bras robotiques de BATLab112, cela signifiait souvent passer davantage de temps à adapter les assemblages qu’à travailler directement sur la conception mécanique elle-même. L’autre difficulté provenait de la fragmentation de l’écosystème. Deux utilisateurs de FreeCAD pouvaient avoir des workflows totalement différents selon l’atelier d’assemblage choisi. Cela compliquait les échanges de fichiers, les tutoriels et même la maintenance des projets sur le long terme. Malgré ces limites, cette période reste très intéressante avec le recul. On sentait déjà que la communauté cherchait activement une solution pérenne et qu’un véritable atelier d’assemblage finirait forcément par émerger officiellement.
Une qualité visuelle encore perfectible
Depuis 2023, j’utilisais principalement FreeCAD 0.21, une version que je considérais déjà comme particulièrement stable et mature. Elle apportait de nombreuses améliorations très appréciables, mais un détail visuel finissait par devenir de plus en plus perceptible à mesure que le projet BATLab112 gagnait en complexité. À cette période, la conception unitaire des différents équipements industriels du diorama était quasiment terminée. J’étais donc entré dans une phase d’intégration globale où les modèles 3D devenaient beaucoup plus lourds, détaillés et imbriqués.


C’est dans ce contexte que certaines limites du moteur d’affichage apparaissaient plus clairement. Le système d’ombrage des vues manquait encore parfois de cohérence graphique. Selon certaines orientations de caméra, des ombres apparaissaient sur des surfaces pourtant théoriquement exposées à la lumière. Évidemment, cela n’empêchait pas le travail de conception. Mais visuellement, le rendu pouvait parfois sembler un peu « brut », surtout lorsqu’on avait déjà travaillé avec des solutions plus modernes comme Fusion 360 ou SolidWorks. Sur des assemblages complexes comme ceux du BATLab112, avec de nombreuses pièces mécaniques imbriquées, cela rendait certaines validations visuelles moins confortables pendant les phases d’intégration.
FreeCAD 1.1 : une énorme progression sur le confort d’utilisation
Je n’ai finalement jamais réellement utilisé la version 1.0, pour une raison très simple : j’ignorais pratiquement son existence au moment de sa sortie et je me complaisais dans la stabilité rassurante de la version 0.21. Mais en découvrant FreeCAD 1.1, j’ai immédiatement compris que le logiciel avait franchi un cap important. Au-delà des évolutions techniques internes, cette version apporte surtout un gain très net en confort d’utilisation.

Une interface beaucoup plus agréable visuellement
La première amélioration visible concerne clairement le rendu graphique. Le nouveau système d’éclairage et d’ombrage transforme littéralement l’apparence des modèles 3D :
- les surfaces sont mieux mises en valeur ;
- les volumes deviennent plus lisibles ;
- l’affichage paraît beaucoup plus moderne ;
- les contrastes sont mieux gérés.
Là où FreeCAD 0.21 pouvait parfois produire des ombres incohérentes sur certaines faces pourtant exposées à la lumière, la version 1.1 offre désormais un rendu beaucoup plus propre et réaliste. Sur des assemblages mécaniques complexes comme les bras robotisés du BATLab112, cette amélioration change réellement le confort de travail. La lecture des volumes devient beaucoup plus naturelle et certaines validations géométriques sont désormais beaucoup plus rapides à effectuer.
L’arrivée des expressions mathématiques : une évolution extrêmement prometteuse
L’une des évolutions qui m’a probablement le plus marqué dans FreeCAD 1.1 concerne l’intégration beaucoup plus aboutie des expressions mathématiques. Même si FreeCAD possédait déjà auparavant un système paramétrique puissant, la gestion des expressions devient désormais beaucoup plus accessible, plus lisible et surtout mieux intégrée dans le workflow global. Dans le cadre du projet BATLab112, cette évolution arrive exactement au bon moment.
Je travaille actuellement sur la modélisation du système de cheminement des câbles du pont élévateur du diorama. Ce système implique de concevoir des structures mécaniques porteuses composées de nombreux poteaux et éléments quasi identiques. Pour ajuster correctement ces structures, je dois fonctionner par itérations successives afin de vérifier les compatibilités d’encombrement avec les autres équipements voisins tels que, le pont élévateur, les armoires électriques et le poste de distribution électrique.
Dans ce contexte, les expressions mathématiques deviennent extrêmement utiles :
- calcul automatique de dimensions
- dépendances paramétriques complexes
- relations géométriques dynamiques
- propagation automatique des modifications
- ajustement rapide de structures répétitives
Mon regard aujourd’hui sur FreeCAD
Pendant longtemps, j’ai considéré FreeCAD comme un outil extrêmement prometteur, mais encore réservé à des utilisateurs capables d’accepter certaines limitations techniques et ergonomiques. Avec la version 1.1, mon regard a clairement évolué. Je considère désormais FreeCAD comme une véritable solution de CAO moderne capable de répondre à des projets mécaniques ambitieux, y compris dans des contextes de prototypage avancé comme BATLab112. Bien sûr, certaines fonctions très spécialisées restent encore moins avancées que dans certaines solutions propriétaires haut de gamme. Mais l’écart s’est considérablement réduit ces dernières années.
Conclusion
Avec FreeCAD 1.1, l’évolution du logiciel est spectaculaire. Ce qui était autrefois un environnement parfois fragmenté et expérimental devient aujourd’hui une plateforme de CAO cohérente, moderne et crédible pour des projets mécaniques complexes. À travers le développement du projet BATLab112, j’ai pu constater directement cette transformation :
- simplification des workflows
- amélioration des assemblages
- meilleur rendu visuel
- outils paramétriques plus puissants
- expérience utilisateur beaucoup plus mature
Pour moi, FreeCAD n’est plus seulement « une bonne alternative gratuite ». C’est désormais un véritable outil de conception technique capable d’accompagner des projets ambitieux sur le long terme.